CIFAT - Centre Interrégional de Formation à l’Analyse Transactionnelle

L’OKness et les enseignants

Nicole Pierre T.S.T.A.E.

Je travaille avec des enseignants qui, parfois, devant les difficultés de leur métier, s’interrogent sur l’OKness.

Dans « Que dites-vous après avoir dit bonjour » Berne parle du sentiment d’Okness et de sentiment de non-Okness. La traduction réductrice « être quelqu’un de bien » et « ne pas être quelqu’un de bien », a un aspect moralisateur propre à dérouter l’enseignant. Je préfère la proposition de Gysa Jaoui de parler de philosophie de la pratique .

Dans cet article, je partirai d’un témoignage d’un professeur d’anglais en collège, Nadine, pour vous faire part de mes réflexions sur l’OKness et les enseignants.

Nadine arrive dans un nouvel établissement, après un déménagement.

« Là bas, c’était très facile. J’étais habituée à ce qu’on encense tout ce que je faisais. Je pensais qu’en arrivant avec « une haute technicité », tout se passerait au mieux et j’ai trouvé des élèves très faibles, au comportement difficile. Alors, j’ai crié pendant deux semaines et eux continuaient à semer le bazar. J’avais mal à l’estomac, je tremblais en sortant de cours. Même les parents s’y sont mis. Là bas, je n’utilisais pas le livre et les parents ne disaient rien. Te rends tu compte ! Ici, ils m’ont demandé quelle méthode j’utilisais et quels étaient mes objectifs ! A tous points de vue, je me sentais en insécurité : une nouvelle maison, un nouveau collège, le stress… j’ai même cassé ma voiture ! J’étais intellectuellement préparée mais… »

Que s’est-il passé ? De la position +/+, dans son ancien établissement, Nadine passe successivement en +/-, puis en -/-. Pendant un temps, elle n’a pas trouvé les moyens de s’adapter à un cadre nouveau et a perdu confiance dans ses capacités. En se reconnaissant tout d’abord impuissante dans ce contexte, elle a su ensuite élargir son cadre de référence, se centrer sur l’élève, lâcher ses exigences, repenser son enseignement et retrouver sa puissance.

Il est important de reconnaître que l’enseignant doit tenir compte de deux paramètres : la relation à l’élève et la transmission du savoir. L’enseignement, c’est une relation où quelqu’un enseigne à quelqu’un d’autre qui est là pour apprendre. Le lien entre l’enseignant qui donne le savoir et l’enseigné qui reçoit, est la relation, sans laquelle, la transmission du savoir ne peut se faire avec partage d’énergie.

Si l’analyse transactionnelle donne à l’enseignant des outils pour gérer sa classe avec Protection (le contrat), Permission ( de fonctionner différemment, de lâcher les illusions, la toute puissance ), pour enseigner dans une Puissance partagée, il n’en reste pas moins la réalité avec ses difficultés liées aux problèmes de niveaux, de discipline, de milieux, de cultures différents etc … L’OKness de l’enseignant est en lien avec sa capacité à gérer ces problèmes, à trouver les moyens de remplir sa mission et nécessite … beaucoup d’énergie.

Je pense à une amie qui enseigne en « zone sensible », parce que, dit-elle , « je crois que je les comprends , c’est pas des mauvais garçons, et pourtant, souvent, je me demande comment faire pour les accrocher ! »…

En quoi va consister le sentiment d’OKness pour les enseignants ?

« La vie est précieuse. Tout être humain a de la valeur, est important et doit être pris en pleine considération » rappelle Nancy Porter

L’OKness par rapport à l’apprenant, c’est prendre la personne là où elle en est, comme le préconise Peg Blackstone : « Pour établir une relation ‘je suis OK-tu es OK’, pleine de sécurité, il est vital que non seulement le thérapeute [ ou l’enseignant] considère la personne avec cette clarté et cette sympathie mais aussi que celle-ci apprenne à se voir elle-même de cet œil positif. »

C’est aussi considérer l’enseignement avec la notion de James Allen « la sensibilité constructionniste » qui déplace le centre d’intérêt vers le présent et vers les possibilités futures, plutôt que vers le passé et vers les manques avec accents sur les points forts et les possibilités.

Je veux rendre hommage aux enseignants qui arrivent à gérer la relation à l’élève en utilisant l’analyse transactionnelle, qui savent recadrer, qui tentent de pratiquer ce qu’on pourrait appeler « un parentage OK » , qui partent de ce que les élèves savent et pour qui l’école est avant tout un lieu de contact, de relation, de socialisation, de vie, comme en témoigne Annie : « Je ne suis pas pressée de partir en retraite. J’aime bien être avec mes élèves. Oh, ce n’est pas toujours facile ! Quand je pense à ma classe de 5°, cette année …, ils sont bien faibles mais je me sens bien avec eux et je crois qu’eux aussi sont bien avec moi. »

Est-ce cela le sentiment d’OKness ?

Bibliographie

- BERNE E., Que dites-vous après avoir dit bonjour ? » Ed. Tchou, pp.76-77 .
- JAOUI G., Accusation dérive sectaire, AAT n°110, p. 64.
- Porter, N., Que signifie « Je suis OK – Tu es OK », p 27, ( orig. TAJ, 1981), AAT n° 21, p 26 -28 .
- Blackstone, P., l’Enfant dynamique : intégration de la structure de second ordre, des relations d’objet et de la psychologie du soi, p 140, (orig. TAJ, 1975, 1993), AAT n°92, p.125-142.
- Allen, J et B, Un nouveau type d’analyse transactionnelle : une version du travail sur le scénario à partir d’une sensibilité constructionniste ( orig. TAJ, 1997) AAT n° 93,p 7-18.
- Voir le conte de Von Varga, G., Des princes ….ou des principes, AAT n° 20, p 171-174, à partir duquel j’invite les enseignants à réfléchir sur leur fonction .